Pour une solidarité offensive

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POUR LES AUTORÉDUCTIONS ET CONTRE CARREFOUR

SEMAINE D’ACTION, ACTE 2, DU 28 NOVEMBRE AU 4 DÉCEMBRE

En janvier 2021, après presqu’un an de confinement, 60 militant·es et précaires, certain·es impliqué·es dans des collectifs de solidarité, ont procédé à une autoréduction au Carrefour Market de la rue Nationale à Paris. L’objectif était de s’approprier des biens de première nécessité pour des cantines et distributions solidaires. Des caddies ont été remplis de produits alimentaires et hygiéniques, les caisses ont été bloquées, des tracts distribués et des banderoles déployées. Une heure plus tard, la direction et le siège de Carrefour ont accepté de laisser sortir les marchandises. Deux personnes ont été contrôlées à la sortie, puis poursuivies par Carrefour malgré son engagement à ne pas porter plainte. Pour avoir participé à cette autoréduction, ces deux camarades ont été condamné·es à verser au groupe Carrefour plus de 38 000 euros. Iels ont décidé de faire appel. On ne paiera pas !

Nous invitons celles et ceux pour qui la solidarité en actes fait sens à participer du 28 novembre au 4 décembre à une semaine d’action contre Carrefour et la grande distribution et pour la défense des inculpé·es. Agir contre Carrefour pour qu’ils retirent leur plainte avant le procès en appel, c’est lutter pour la relaxe, ne pas faire porter une action collective sur deux personnes et tenter d’empêcher la criminalisation des autoréductions. Alors que tout augmente – biens de « première nécessité », tarifs du gaz et de l’électricité, loyers – ne nous laissons pas dicter la manière dont la solidarité doit s’exprimer.

Qui profite des crises ?

Crise pandémique, crise climatique, crise sociale, économique, politique, énergétique, les crises s’accumulent davantage qu’elles ne se succèdent. À chaque crise, les États exigent des populations qu’elles fassent plus d’efforts – « Austérité », « Sobriété », disent-ils, « Travailler plus pour gagner moins » comprenons-nous. À chaque crise, les précaires se retrouvent à payer plus des biens et services toujours plus dégradés. Celles et ceux qui subissent d’avantage l’inflation sont souvent celles et ceux qui ont été les plus exposé·es à la pandémie : les travailleur·ses pauvres de l’agro-alimentaire, de la santé, de la logistique… Les entreprises, elles, accumulent toujours plus de profits, se contentant d’investir un peu dans le green washing et autres œuvres caritatives pour redorer leur image.

Alors que Coca cola, leader mondial de la pollution plastique, parraine la COP 27 en Égypte et que Total encaisse tranquillement les subventions à la pompe tout en refusant d’augmenter ses salarié·es à hauteur de l’inflation – malgré grèves et blocages de raffineries vivement réprimés –, la grande distribution n’est pas en reste : sous couvert de guerre en Ukraine et d’inflation, certains gros distributeurs augmentent les prix de leurs produits deux fois plus que l’inflation, notamment les « premier prix ». Des « hausses de prix suspectes » que dénonce même un rapport de la Commission économique du Sénat, qui révèle des chantages à la rupture de stock ou des augmentations de prix dans les rayons sans que le tarif d’achat aux fournisseurs ait augmenté.

Le groupe Carrefour et ses plus de 80 milliards de chiffre d’affaires est un modèle d’entreprise sachant profiter de toutes les crises. En 2019 et 2020, la multinationale de la grande distribution, dont les magasins sont restés ouverts lors des confinements successifs, a ainsi connu une hausse de son chiffre d’affaires sans précédant depuis vingt ans. Aujourd’hui, c’est de l’inflation dont il s’agit de profiter pour revitaliser les hypermarchés. En novembre, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a présenté son plan stratégique pour les quatre prochaines années : miser sur le discount pour attirer des client·es de plus en plus pauvres, développer sa marque propre pour réduire les coûts, et, bien sûr, supprimer des postes.

La multinationale française compte ainsi ouvrir plusieurs magasins discount Atacadão, une enseigne brésilienne propriété de Carrefour. Ironie du calendrier, l’ONG internationale Mighty Earth a lancé en septembre la campagne #CarrefourNousEnfume contre le groupe leader de la grande distribution sur le marché brésilien et responsable selon les calculs de l’ONG, de 4,5 % de la déforestation de l’Amazonie brésilienne l’été dernier*. Ce qui n’empêche pas l’enseigne française de communiquer à coup de labels et de fondations sur sa politique d’« engagement sociétal » et de « transition alimentaire solidaire » : « On a tous droit au meilleur ! » disent-ils ; « Alors prenons-le !! » répondons-nous.

* Deux tiers des produits carnés disponibles dans les supermarchés Carrefour et ses enseignes au Brésil proviennent de la société JBS, entreprise de transformation de viande connue pour ses déforestations illégales et ses violations des droits humains. Quant au soja brésilien importé en France pour l’alimentation des poulets et œufs vendus sous les marques Carrefour, son principal fournisseur est Bunge, une multinationale également associée à la déforestation de l’Amazonie.

Don’t pay !

Partout dans le monde, des gens cherchent à s’organiser collectivement pour faire face à l’inflation et aux crises qui s’accumulent : grève pour l’augmentation des salaires, collectifs d’entraides, manifestations contre l’austérité, blocages de raffineries, assemblées contre la vie chère, cantines populaires, autoréductions énergétiques. Ainsi en Grande Bretagne, en Belgique, en Italie, des précaires manifestent et s’organisent pour autoréduire leurs factures d’électricité, notamment sous le mot d’ordre « Don’t pay ! ». « Si je ne paie pas j’aurai un problème, si personne ne paie, ce sont les fournisseurs qui auront un problème » rappelle un tract belge.

Qu’il s’agisse de réduire le coût de ses courses alimentaires ou des factures d’énergies, il y a bien des raisons de défendre les pratiques d’autoréduction, qui refusent l’invisibilisation de la précarité et des inégalités et défendent concrètement l’accès aux besoins les plus élémentaires.

Il y a aussi bien des raisons de s’attaquer à Carrefour, à la grande distribution, et à tous les profiteurs de crises.

DU 28 NOVEMBRE AU 4 DÉCEMBRE

Semaine d’action contre Carrefour, la grande distribution et la vie chère

Pour soutenir les camarades inculpé·es pour une autoréduction

Multiplions les actions

#CarrefourRetireTaPlainte

Chaque collectif ou personne solidaire peut imaginer les actions de son choix

contre Carrefour et les enseignes qu’il possède

(So-Bio, Bio C bon, Carrefour Market, Carrefour Contact-City-Express-Montagne, Proxi, Promocash, Supeco).

Nous avons pu constater que le moindre tractage remonte à la direction…

Plus d’infos, ainsi que des autocollants, tracts, affiches et rendez-vous sur le site

https://carrefourretiretaplainte.noblogs.org

Envoyez-nous vos photos, vidéos , communiqués

ou autres traces de ces actions pour qu’on puisse les partager

par email : 14octobre@riseup.net

sur Twitter: @RetireCarouf

Publié le 14 mars 2022 – https://paris-luttes.info/pour-les-autoreductions-et-contre-15808?lang=fr

POUR LES AUTORÉDUCTIONS ET CONTRE CARREFOUR

SEMAINE D’ACTION, ACTE 1, DU 21 AU 27 MARS

En octobre 2021, deux personnes ont été condamnées à verser au groupe Carrefour plus de 38 000 euros d’amende pour avoir participé avec soixante autres personnes à une autoréduction au Carrefour Market de la rue Nationale à Paris. Les condamné·es et leurs soutiens ont décidé de faire appel de cette décision de justice qui maximise encore les profits de Carrefour.
La grande distribution fait les poches des précaires avec la complicité de la justice !
Mais on ne paiera pas !

En octobre 2021, deux personnes ont été condamnées à verser au groupe Carrefour plus de 38 000 euros d’amende pour avoir participé avec soixante autres personnes à une autoréduction au Carrefour Market de la rue Nationale à Paris. Après avoir rempli des caddies de produits alimentaires et hygiéniques, les caisses avaient été bloquées, des tracts distribués et des banderoles déployées. Au bout d’une heure de négociation, la direction et le siège de Carrefour avaient accepté de les laisser sortir avec les marchandises. Deux personnes avaient été contrôlées à la sortie par les flics. Carrefour était revenu sur sa parole de ne pas porter plainte et les avait poursuivi·es pour vol en réunion.

Les condamné·es et leurs soutiens ont décidé de faire appel de cette décision de justice qui maximise encore les profits de Carrefour.

La grande distribution fait les poches des précaires avec la complicité de la justice! Mais on ne paiera pas!

La pandémie n’a pas les mêmes conséquences pour tout le monde. D’un côté, les prix ne cessent d’augmenter, les files d’attentes s’allongent à l’aide alimentaire, les services sociaux sont débordés, des millions de personnes n’arrivent plus à se loger ou même à se chauffer. La précarisation en temps de pandémie fait la Une des médias, qui fabriquent non pas de l’indignation mais de l’acceptabilité – rendre normale la pauvreté, faire accepter un monde où il y a ceux qui crèvent et ceux qui gagnent. De l’autre côté, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, se félicite que l’année 2020 ait été un «tournant de l’histoire de Carrefour».

L’entreprise a en effet encaissé 1 milliard d’euros de bénéfices qu’elle a allègrement partagé avec ses actionnaires; tout en se contentant de verser une prime inflation ridicule à ses salarié·es. Elle a employé des travailleur·ses sans-papiers avant de les licencier quand iels demandaient un cerfa de régularisation. Elle a fait condamner en justice deux personnes pour une action d’auto-réduction tout en se faisant passer pour de bons samaritains à travers des opérations de collectes alimentaires surmédiatisées. Carrefour est bien une entreprise championne du monde capitaliste!

Carrefour ne retirera pas sa plainte par philanthropie
Sabotons ses profits et son image de bio samaritain
«On a tous droit au meilleur» disent-ils. Prenons le!

Nous invitons toutes celles et ceux pour qui la solidarité en actes fait sens à participer à la contre-attaque : pendant la semaine du 21 mars, mettons la pression en multipliant les actions #CarrefourRetireTaPlainte.

Ce serait quoi de les faire payer? Chaque collectif ou personne solidaire peut imaginer les actions de son choix. Envoyez-nous vos photos, vidéos, communiqués ou autres traces de ces actions pour que l’on puisse les partager : Par email : contact14octobre@riseup.net / Sur Twitter :@RetireCarouf

N’hésitez pas à produire vos propres textes et images et à nous les partager ou a utiliser, reproduire et diffuser le tract ci-après et le visuel suivant.

Dans le cadre de cette semaine d’action voici les rendez-vous publics en Île-de-France :

Vendredi 18 mars à 18h30
Réunion publique d’information en soutien aux inculpé.es du procès du 14 octobre
à la Maison Ouverte, 17 rue Hoche, Montreuil, m° Mairie de Montreuil

Rendez-vous pour départ tractage collectif / déambulation
Lundi 21 mars à 17h, mercredi 23 mars à 11h30 et samedi 26 mars à 13h
devant le Carrefour de Porte de Montreuil, sur le parvis (côté rue de Paris)
D’autres RDV pourront être communiqué sur place

On ne paiera pas!!!!

Publié le 24 novembre 2021 – https://paris-luttes.info/la-justice-maximise-les-profits-de-15495?lang=fr

LA JUSTICE MAXIMISE LES PROFITS DE CARREFOUR !

COMMUNIQUÉ SUITE AU DÉLIBÉRÉ DU PROCÈS CONTRE UNE AUTORÉDUCTION

Suite au procès du 14 octobre concernant l’autoréduction du 30 janvier dans le Carrefour du 13e arr. à Paris, le délibéré est tombé : les camarades inculpé.es sont condamné.es (voir ci-dessous le détail) et la condamnation fait la part belle au géant de la grande distribution. Communiqué.

La grande distribution fait les poches des précaires avec la complicité de la justice !

Pour avoir participé à une autoréduction dans un Carrefour parisien en janvier dernier, deux camarades doivent verser au groupe plus de 38 000 euros. Iels ont décidé de faire appel. La décision, prise par une juge unique et roupillant pendant les plaidoiries, fait le bonheur de Carrefour : 8 553, 19 euros de préjudice matériel, 18 000 euros de pertes d’exploitation et 10 000 euros de préjudice moral. 38 000 euros, une somme dérisoire pour Carrefour et ses 34 milliards de chiffre d’affaires, mais bien suffisante pour enterrer deux personnes déjà sur la paille.

Ces charognards profitent d’un procès pour se faire plus de blé.
Profiter de la pandémie ne leur suffisait pas. Entre 2019 et 2020, en pleine crise, le géant de la distribution a doublé ses bénéfices et les dividendes versés à ses actionnaires. Nous, chômeurs, travailleurs précaires, mères célibataires, étudiants en galère, avons organisé cette autoréduction le 30 janvier 2021. Les denrées récupérées ont ensuite été redistribuées grâce à des réseaux de solidarité tissés depuis le premier confinement. De quoi prendre soin de soi, se nourrir, se laver, sans se soucier du prix.

Lors du procès, l’avocate et les deux inculpé.e.s avaient démontré les incohérences et les mensonges du directeur du Carouf’ vis-à-vis de la nature et de la quantité des produits récupérés. Le préjudice moral à l’image de la holding, c’est cette plainte et le procès qui s’en est suivi ! Pas le fait qu’elle ait été « encouragée » à partager un peu de sa marchandise. L’avocate avait aussi souligné que les militant.e.s n’avaient pas utilisé la contrainte pour s’emparer du butin. Comment expliquer sinon qu’aucun PV n’ait été noirci par un policier malgré les nombreux effectifs présents ? Arrivé.e.s aux caisses, les militant.e.s avaient négocié avec le gérant du supermarché et iels étaient parti.e.s avec l’accord du siège.

Surtout, les inculpé.e.s avaient rappelé le contexte de cette action partageuse : la précarité et la détresse alimentaire de millions de personnes, isolées par les confinements successifs, et, en miroir, une augmentation vertigineuse des profits de la grande distribution profitant de la fermeture des marchés et des commerces de proximité.

Bizarrement, c’est la procureure qui a peut-être compris la portée politique de l’action en comparant les inculpé.e.s à des « Robins des Bois ». Elle a dit hésiter à trouver une qualification pénale, pour finalement réclamer une peine de 2 000 euros avec sursis simple qu’elle avait qualifié d’« avertissement ».

Restons mobilisé.e.s contre Carrefour pour qu’ils abandonnent les poursuites. Nous nous battons en appel pour la relaxe car c’est aussi se battre contre la criminalisation de nos luttes et pour que ce procès ne constitue pas un grave précédent.

Carrefour doit retirer sa plainte !
Nous appelons toutes celles et tous ceux pour qui la solidarité en actes fait sens à rejoindre et amplifier la contre-attaque. Écrivez à contact14octobre@riseup.net pour être tenu.e informé.e des actions en cours et à venir.

Publié le 11 octobre 2021 – https://paris-luttes.info/proces-suite-a-une-autoreduction-15366?lang=fr

PROCÈS SUITE À UNE AUTORÉDUCTION : APPEL À SOLIDARITÉ OFFENSIVE

Suite à une action d’autoréduction en janvier dernier à Paris dans un Carrefour, deux camarades sont convoqué.es pour un procès le 14 octobre. À cette occasion, nous vous proposons quelques réflexions sur la période actuelle et les raisons qui nous animent dans nos luttes au quotidien. Nous appelons à faire circuler ce texte et à venir en solidarité le jour du procès !

Jeudi 14 octobre à 9h, se déroulera au tribunal judiciaire de Paris le procès de deux de nos camarades, dont l’identité a été contrôlée lors de l’autoréduction qui a eu lieu au Carrefour Market de la rue Nationale, dans le 13e arrondissement de Paris, le 30 janvier dernier. Il leur est reproché d’avoir «  frauduleusement soustrait des biens de consommation (denrées alimentaires, alcool, hi-fi etc…) pour un montant total estimé à 16 449,75 euros au préjudice de Carrefour Market, avec cette circonstance que les faits ont été commis en réunion ». Au-delà de ce montant fantasque dont on ignore la méthode de calcul, il est important de rappeler ce qu’il s’est passé.

Le samedi 30 janvier 2021, nous avons été une soixantaine de militant·e·s à remplir nos caddies de produits alimentaires et hygiéniques dans ce supermarché. Après avoir distribué des tracts tant aux salarié·e·s qu’aux client·e·s, déployé deux banderoles, bloqué les caisses et expliqué au mégaphone les raisons de notre action, une négociation a été entamée entre nous et le directeur du supermarché. Contacté par le directeur, le siège de Carrefour a accepté de céder la marchandise s’il s’agissait, selon leurs critères, de produits de première nécessité. Au bout d’une heure et demie d’une discussion qui a principalement porté sur la qualité et la nature des produits que l’on nous autorisait à emporter, nous sommes parti·e·s avec donc l’accord de la direction.

Dans les jours qui ont suivi cette autoréduction, différents collectifs de la région parisienne engagés dans des actions de lutte contre la précarité ont redistribué les produits alimentaires et hygiéniques. Ce sont les liens tissés depuis le premier confinement qui ont permis à des cantines populaires, des réseaux de maraude, des associations de femmes, des collectifs de travailleur·euse·s sans papiers, mais aussi à des mères isolées de récupérer ces produits.

Pour en finir avec la charité

En mars 2020, alors que l’État abandonnait les plus précaires d’entre nous (mères isolées, étudiant·e·s, travailleur·euse·s sans papiers, etc.) et que les structures associatives fermaient, nous avons été nombreux·euses (voisin·e·s, militant·e·s, etc.) à nous mobiliser en distribuant nourriture et produits d’hygiène, partout en France : les brigades de solidarité populaire dans différentes villes, la Casa de Toulouse, l’Île Égalité de Cusset à Villeurbanne, le McDo autogéré de Saint-Barthélémy à Marseille, parmi tant d’autres exemples. Depuis, nous voulons faire perdurer et développer ces actions d’entraide mises en place durant le premier confinement.

Pour alimenter l’entraide, nous allons par exemple à Rungis récupérer les fruits et légumes invendus, et ce n’est pas par bonté de cœur que les grossistes nous les donnent : en plus de bénéficier d’avantages fiscaux, cela leur permet de ne pas avoir à s’occuper de leurs déchets. De la même manière, quand nous organisons une collecte devant un supermarché, les entreprises de la grande distribution y trouvent leur compte, cela leur permet d’augmenter leur chiffre d’affaires, tout en faisant peser le poids de la solidarité sur celles et ceux d’entre nous qui ont encore les moyens de consommer au supermarché et de payer pour les autres. Ainsi, un directeur de Leader Price à Montreuil a contacté l’un d’entre nous pour nous inciter à organiser des collectes devant son magasin plutôt que devant le Monoprix, ou comment se faire de la publicité sur le dos des initiatives de solidarité. Face à cette hypocrisie, nous partageons un constat : les dons et la récupération de produits invendus ne suffisent pas. Plutôt que de nous contenter des miettes, des restes et des invendus de médiocre qualité, nous avons choisi l’autoréduction, afin d’en finir avec la charité et de prendre selon nos besoins.

Le 30 janvier dernier, dans le Carrefour Market, nous avons pu constater une nouvelle fois cette hypocrisie. Il a fallu négocier et argumenter sur la nécessité de chaque produit choisi : pourquoi nous avions besoin de produits d’hygiène (notamment féminine) et pas seulement de nourriture, pourquoi nous voulions prendre du lait bio, pourquoi nous choisissions des couches pour bébés de bonne qualité plutôt que les moins chères… Parce que les pauvres ne mériteraient que ce que le système capitaliste daigne leur laisser – en échange de défiscalisation et autres avantages ?

Ainsi, l’expression « produits de première nécessité » ne signifie pas pour nous produits de mauvaise qualité. Non seulement cette expression peut véhiculer une idée moralisatrice : les pauvres n’auraient pas le droit de se faire plaisir et devraient se contenter de premiers prix et de conserves. Mais surtout nous affirmons que chacun·e peut définir soi-même quels sont ses besoins et envies, sans aucune tutelle et peu importe sa place dans la hiérarchie imposée par le système capitaliste. Le 30 janvier, ne pas emporter d’alcool était la condition de la direction pour nous laisser sortir.
Si nous avons respecté cette condition, et n’avons emporté que des produits alimentaires et d’hygiène, à l’exclusion de tout alcool ou du fantasmatique matériel hi-fi, nous défendons cependant la possibilité de ne pas nous contenter de ces produits de « première nécessité » lors d’autres actions du même type, le premier confinement ayant jeté une lumière encore plus crue sur les inégalités des enfants, des adolescents et des adultes selon leur équipement numérique pour ne prendre que cet exemple.

La grande distribution, profiteuse de crise

Avec cette crise sanitaire, Carrefour, comme toutes les enseignes de la grande distribution, s’est considérablement enrichi sur le dos de ses salarié·e·s. Selon un rapport d’Oxfam de juin dernier : «  En France en 2020, le secteur de la grande distribution alimentaire enregistre une croissance de 6,3% du chiffre d’affaires alors qu’en 2019 les ventes avaient progressé de moins de 1%. Le groupe Carrefour, coté en bourse, a ainsi vu ses bénéfices augmenter de 107% entre 2019 et 2020 et a augmenté ses dividendes de 114% ». Ce rapport rappelle ainsi qu’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, gagne 430 fois plus que le salaire moyen d’un employé de son entreprise. «  Ces chiffres illustrent une tendance mondiale : face aux bénéfices records, les plus grands supermarchés ont préféré rémunérer leurs actionnaires plutôt que d’investir pour améliorer leur chaîne d’approvisionnement à plus long terme et protéger les travailleurs et travailleuses » [1]

Les primes dites Covid de 1 000 euros censées être distribuées à tou·te·s les salarié·e·s ont finalement été soumises à conditions et elles ne sont qu’une contrepartie dérisoire au vu des bénéfices engrangés par Carrefour depuis la crise sanitaire. Des centaines de milliers de travailleur·euse·s de la grande distribution, « employé·e·s de la deuxième ligne », ont exercé leur métier pendant de nombreux mois dans des conditions sanitaires dangereuses et un climat anxiogène pour qu’au final les grandes enseignes enrichissent leurs actionnaires. [2]

La pandémie n’a pas eu les mêmes conséquences pour tout le monde, Carrefour et les autres groupes de la grande distribution sont des profiteurs de crise.
La crise sanitaire a fortement accentué des inégalités déjà existantes et en a révélé d’autres. Les mesures d’aides de l’État telles que le chômage partiel a surtout bénéficié aux salarié·e·s ayant déjà un emploi stable, laissant de côté les travailleur·euse·s précaires et les étudiant·e·s. D’un côté, le marché des résidences secondaires, d’où télétravailler tranquillement en cas de nouveau confinement, se porte à merveille ; de l’autre, les associations caritatives traditionnelles rapportent de très fortes hausses des demandes alimentaires depuis mars 2020 : +45% pour le Secours populaire et +30% pour les Restos du Coeur par exemple. De plus, la souffrance psychologique liée à l’isolement faisant suite aux confinements successifs a laissé des traces chez les personnes les plus vulnérables. Enfin, l’explosion du télétravail et d’une manière générale de la numérisation de nos vies, notamment dans l’accès aux services publics, a renforcé le clivage entre celleux qui possèdent un ordinateur, une connexion internet rapide et qui maitrisent parfaitement ces outils, et les autres. En France, un foyer sur trois parmi les 10% les plus modestes ne possède pas d’ordinateur chez soi.

Passons à la solidarité offensive !

Les actions d’autoréduction ont une longue histoire derrière elles. En Italie dans les années 70, de multiples collectifs de base organisaient des autoréductions dans les différents aspects de leur vie tels que les transports, les supermarchés, l’accès à l’électricité, les sorties culturelles. Ces actions « d’achats politiques » étaient l’occasion de ne pas limiter la lutte à l’usine mais de la porter au quotidien et dans l’ensemble de la société. Depuis cette époque, de nombreux mouvements se sont réapproprié ce type d’actions, par exemple des dizaines d’autoréduction ont eu lieu lors du mouvement des chômeur·euse·s de l’hiver 97/98, avec des revendications proches des nôtres aujourd’hui. Plus récemment, les Gilets jaunes en ont tenté plusieurs. Ces exemples ne se réduisent bien sûr pas qu’à la France, rappelons-nous que le grand soulèvement d’octobre 2019 au Chili a démarré suite à l’augmentation du prix du ticket de métro et à des actions d’autoréduction d’étudiant·e·s décidant de ne plus payer le métro.

Nous nous souvenons qu’à l’époque du mouvement des chômeur·euse·s de l’hiver 97/98, la pratique de l’autoréduction était davantage répandue dans le répertoire militant, des collectifs autonomes à certaines associations plus institutionnelles. Nous savons aussi qu’il existe toute une palette d’actions de ce type, de l’autoréduction négociée aux expropriations directes et nous espérons que ces différents types de réquisition se multiplieront dans les mois à venir, de façon complémentaire.

Aujourd’hui, alors que la crise économique liée à la crise sanitaire n’en est qu’à ses débuts, nous choisissons d’agir par l’autoréduction et la solidarité offensive car nous ne voulons pas de la charité. Et nous ne voulons nous laisser dicter ni sous quelle forme la solidarité aurait le droit d’exister, ni quelle sorte de produits nos cantines populaires et nos actions de redistribution peuvent utiliser. Désormais, c’est à nous de définir ce qui est de « première nécessité » et nous réapproprier les produits que l’on juge nécessaire. Chacun·e d’entre nous, militant·e ou non, peut se réapproprier l’outil de l’autoréduction et l’appliquer facilement. C’est le cas par exemple de la retraitée qui faisait ses courses au Carrefour Market du métro Nationale ce samedi 30 janvier et qui en est sortie avec nous parce qu’elle a du mal à boucler ses fins de mois. Avec l’autoréduction, il s’agit aussi de rendre publiques les conséquences de la précarité et de l’accroissement des inégalités : nous ne voulons plus subir passivement. Nous voulons dénoncer publiquement le manque d’accès aux besoins les plus élémentaires : la nourriture de qualité, les produits d’hygiène, mais aussi l’énergie (gaz, électricité) et un logement décent. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seul·e·s à voir dans les actions d’autoréduction un moyen d’organiser l’entraide et de mettre en place des actions concrètes de solidarité, en témoignent les différentes autoréductions qui ont eu lieu ces derniers mois.

C’est peut-être justement parce que les autoréductions mettent en lumière les limites de la charité, mais aussi parce qu’elles sont facilement réappropriables par tou·te·s, qu’aujourd’hui l’État choisit son camp et pénalise ce type d’action de solidarité en recevant la plainte de Carrefour.

Blocages de l’économie, grèves, squat et réquisitions de logements, autoréductions dans les supermarchés et ailleurs… démultiplions les actions de solidarité offensive !

Rendez-vous le 14 octobre a 9h00 devant le tribunal judiciaire de Paris a porte de Clichy en solidarité avec les inculpé.es !

Des étudiant.es, retraité.es, chômeur.ses, travailleur.ses et individus en lutte contre la précarité

Publié le 3 février 2021 – https://paris-luttes.info/retour-sur-l-autoreduction-de-14719?lang=fr

RETOUR SUR L’AUTORÉDUCTION DE SAMEDI À PARIS ET

APPEL À DÉMULTIPLIER LES ACTIONS

Retour sur l’autoréduction de samedi dernier à Paris, action au cours de laquelle une soixantaine de militant.es ont bloqué les caisses d’un supermarché et obtenu l’accord de la direction pour partir avec le contenu de tous les caddies remplis de produits alimentaires et d’hygiène de première nécessité.

Nous étions samedi dernier une soixantaine de militant.es à réaliser une action d’autoréduction au Carrefour Market de la rue Nationale dans le 13e arrondissement de Paris. Notre but : réquisitionner des produits alimentaires et hygiéniques de première nécessité. Pendant toute la durée de la négociation, les caisses ont été bloquées, des tracts distribués aux salarié.es comme aux client.es et des slogans entonnés. Deux banderoles portaient nos messages : « Face à la précarité : Solidarité ! » et « Au Brésil, Carrefour assassine » car nous ne voulions pas oublier le meurtre de João Alberto Silveira Freitas, un homme noir tabassé à mort en novembre dernier par des vigiles de Carrefour à Porto Alegre. Cet homicide avait entrainé de nombreuses manifestations et actions contre le groupe Carrefour au Brésil.

Pendant l’action, plusieurs prises de paroles se sont succédées au mégaphone, pour expliquer le sens de cette action. Les autoréductions existent depuis longtemps et sont pratiquées dans de nombreux pays. Aussi, nous voulions rappeler les bénéfices gigantesques réalisés par la grande distribution sur le dos de ses salarié.es et au détriment de leur santé. Après une heure et demie de blocage et de négociation, nous sommes parti.es avec l’accord de la direction et le contenu de tous les caddies remplis.

Concernant les pourparlers, ils ont essentiellement porté sur la nature et la qualité des produits. Selon la direction de Carrefour, le précaire doit manger des biens médiocres ou des invendus. Nous avons refusé leurs miettes pour récupérer les bonnes choses, celles auxquelles tout le monde devrait avoir accès. Sur la fin, la police a malheureusement fait deux contrôles d’identité avant que nous puissions tous.tes reprendre le métro.

Nous redistribuerons les marchandises cédées gracieusement aux collectifs dans lesquels nous militons, pour les publics les plus touchés par la crise (exilés, précaires, mères isolées, familles en galère…). Nous ne voulons plus attendre la charité pour lutter contre la précarité.

La crise économique liée à la crise sanitaire n’en est qu’à ses débuts et les rassemblements statiques ne suffiront plus ! Blocages de l’économie, grèves, réquisitions de logements, autoréductions dans les supermarchés, démultiplions les actions de solidarité !